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Fête commune pour le Danemark et la Suède au Burkina Faso

13.06.2018  13:44

Le 5 juin, le Danemark et la Suède ont fêté ensembles la journée de la constitution du Danemark et la journée nationale de la Suède. Environ 400 invités ont assisté pour, entre autres, suivre le discours commun de l’ambassadeur Ulla Naesby Tawiah, Danemark, et le chargé d’affaires, M. Mats Hårsmar, Suède:

 

Nous sommes ici pour célébrer les fêtes nationales danoise et suédoise, le 5 et 6 juin. Nous célébrons ces jours-là, la fondation de nos démocraties. Nos peuples ont beaucoup lutté pour établir et bâtir nos démocraties, donc c’est vraiment important de fêter cela, et de se rappeler l’importance de la démocratie. Surtout en ces jours où la démocratie est menacée dans plusieurs pays. Le droit de s’exprimer librement devient de plus en plus limité, l’espace pour les organisations de la société civile se rétrécit, le travail des journalistes devient de plus en plus dangereux, la vérité est de moins en moins respectée et une politique de la peur se répand. Même si le système démocratique n’est pas toujours idéal, il reste le meilleur parmi toutes les alternatives. Le pouvoir doit rester avec le peuple, et le respect des droits humains et l’état de droit doivent être le fondement de nos sociétés, chez nous, comme ici au Burkina Faso.

Dans le “World Happiness Report”, qui essaye de mesurer le sentiment de bonheur des individus par pays, le Danemark et la Suède sont très souvent classés parmi les pays avec les populations les plus heureuses du monde. Ni Mats ni moi pensons que tous nos confrères nordiques se sentent toujours heureux et satisfaits, ils ont aussi, comme tout le monde, des problèmes dans leur vie.
Quand on demande aux chercheurs pourquoi les pays nordiques ont les populations les plus heureuses du monde, ils soulignent 4 raisons en particulier.

Une première raison est la sécurité dans la vie - compris comme sécurité physique mais aussi de savoir que si on tombe malade, on a le droit à un service médicale gratuit, on a le droit à une éducation gratuite, et si on perd son travail, il y a des systèmes d’assurance chômage et d’aide sociale qui vous aide à survivre.

Deuxièmement, c’est la confiance. Pour pouvoir offrir des services sociaux gratuits à la population, l’Etat, les régions et les communes, qui fournissent ces services, ont besoin de fonds provenant des impôts payés par la population. Beaucoup d’études montrent, que les populations nordiques payent leurs impôts sans regret (ou sans trop de regret) parce qu’ils ont confiance que les institutions publiques vont utiliser ces fonds de une manière efficace, transparente et sans corruption.

La confiance joue aussi un rôle important dans toutes les relations entre individus - et entre les individus et les institutions - confiance en l’état de droit, confiance que les forces de sécurité sont là pour vous aider, pas pour vous menacer, confiance que l’état fourni les cadres légaux dont les entreprises privées ont besoin etc. 

Le troisième facteur qui contribue au bien-être de la population nordique est l’égalité. Entre plus riches et moins riches, entre employé et employeur, et l’égalité hommes- femmes.

Et finalement la décentralisation joue un rôle important - Avoir un système démocratique – au niveau national mais surtout et aussi au niveau local.  Savoir qu’avec une décentralisation efficace et démocratique -  on peut influencer les décisions politiques qui sont les plus proches de nos cœurs, de nos familles et de nos communautés locales - les décisions concernant les écoles, les hôpitaux, ou concernant l’environnement là où on habite. 

L’Etat et les institutions publiques ne peuvent pas garantir le bonheur du peuple, mais nous pouvons construire la gestion de nos pays d’une manière, où les conditions sont assurées pour se sentir en sécurité, pour avoir confiance, pour promouvoir l’égalité et pour une bonne décentralisation du pouvoir et des ressources.

Les dernières semaines nous avons beaucoup discuté au Burkina Faso, si un Etat peut avoir des amis, ou seulement des intérêts ? De notre avis, un état peut avoir les deux : Les amis et les intérêts. Très souvent il y a entre amis des intérêts partagés.
Le Danemark et la Suède sont sans aucun doute les amis du Burkina Faso. En février 2019, l’ambassade du Danemark va fêter son 25ieme anniversaire au Burkina Faso. Leur soutien bilatéral pour le Burkina Faso s’élève à autour de 18 milliards de francs cfa chaque année. En ce qui concerne la Suède, nous venons de tripler notre soutien bilatéral au Burkina Faso – à environ 19 milliards de francs cfa chaque année.
Evidemment, le développement socio-économique du Burkina Faso reste votre responsabilité en tant que gouvernement et population burkinabé. Mais nous sommes là pour vous accompagner.
Et nous sommes fières de pouvoir dire que depuis quarante ans, la Suède et le Danemark ont atteint l’objectif des Nations Unies d’allouer au moins 0,7 % du Revenu National Brut (RNB) à l’aide au développement.
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On peut se demander pourquoi des pays d’Europe comme la Suède et le Danemark sont intéressés d’avoir des relations étroites avec un pays sahélien d’Afrique de l’Ouest ? Nos relations commerciales restent minimales et la distance culturelle et géographique entre nous est considérable. Quels sont nos intérêts alors ?
Quand le Danemark et la Suède s’engagent dans l’enjeu du développement socio-économique ici au Burkina Faso, ce n’est pas seulement parce que la pauvreté demeure une honte pour le monde entier, mais c’est aussi parce que nous avons un propre intérêt – des intérêts communs - dans le développement du Burkina Faso. Quelles sont ces intérêts ?

Il y a la sécurité – ou le manque de sécurité. Les crimes transfrontalières -  le trafic des drogues, le trafic des armes illicites, le trafic des êtres humains et autres – Ce sont des activités qui détruisent nos sociétés ici comme en Europe. La menace terroriste est évidemment une menace envers nous tous – les attaques des terroristes nous blessent tous, européens comme africains.
La collaboration internationale reste nécessaire pour gagner la guerre contre le terrorisme. Ici, comme ailleurs, la notion de la sécurité partagée, reste valable. Si vous arrivez à sécuriser votre territoire nous sommes aussi des gagnants. Les conflits sont locaux et internationaux en mêmes temps.
Nous voulons saisir cette occasion pour exprimer nos condoléances aux familles et proches de toutes les victimes du terrorisme au Burkina Faso et exprimer notre volonté d’être aux côtés du Burkina Faso dans la lutte contre toutes les activités qui créent l’insécurité ici et d’ailleurs. 
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Un autre intérêt commun est la lutte contre les changements climatiques. On peut dire que les racines de cette maladie mondiale se trouve dans notre style de vie occidentale. Mais vous, les burkinabés, êtes rapidement en train de répéter nos erreurs à travers une augmentation substantielle d’émissions de gaz à effet de serre. Oui, les changements climatiques touchent tous les pays au monde, mais la fragilité climatique des pays sahéliens vous demande d’aller très vite et très profondément dans les politiques et activités qui doivent protéger et préserver vos ressources naturelles – comme l’eau, entre autres - où il faut continuer la contribution financière en matière d’Eau et développer encore plus les principes préleveur-payeur et pollueur-payeur.
Nous n’avons qu’un seul monde et il est déjà surchargé.
Il n’y a pas une planète B.

Plus généralement, nous devons tous collaborer au niveau mondial pour investir dans les biens communs – les biens qui servent à faire bénéficier tout le monde, mais pour lesquels personne ne veut payer, car on ne peut pas retenir ces bénéfices seulement pour soi-même.
Il s’agit d’entretenir la paix, un commerce internationale équitable, des connaissances et des avancées scientifiques, la maitrise des maladies transfrontalières. Je voudrais   dire « Ébola » pour indiquer de quoi je parle. Nous ne savons jamais quand la prochaine maladie va frapper ou si nous aurons déjà un traitement efficace à ce moment-là. La collaboration internationale est la seule réponse.
Cette saison, nous voyons une crise alimentaire au Sahel. Cinq millions de personnes n’ont pas à manger pendant la période de soudure. Rien qu’ici au Burkina Faso, il y a autour d’un million de personnes qui se trouvent dans cette précarité. La Suède et le Danemark ont essayé de faire ce qu’ils peuvent pour réagir, en collaboration avec le système des nations unies et le gouvernement dans leur réponse d’urgence. Malgré cela il faut le dire, notre réponse commune internationale demeure faible et tardive.
A long terme, pour renforcer la résilience agricole et alimentaire, il faut entre autres des semences adaptées aux zones agro-climatiques burkinabè tellement variés. Le gouvernement Burkinabè vient juste d’entrer en partenariat avec Africa Seeds pour développer des semences pertinentes. Il faut toute une gamme de variation génétique végétale pour faire face à ce défi. Une des plus grandes sources d’une telle variété génétique est la Banque des gènes Nordique qui se trouve dans la glace à Svalbard – une île norvégienne où la glace ne fonde pas tout au long de l’année. Cette banque est une réserve de semences qui contient un million d’espèces de plantes trouvées partout au monde. Sans cette variation génétique l’agriculture future partout dans le monde serait en danger.
Nous, les pays Nordiques, avons investi ensemble dans cette banque génétique, et les espèces y sont gratuitement accessibles pour des chercheurs du monde entier. Nous avons tous besoin d’un système international fonctionnel – et tout le monde doit contribuer pour le développer et l’entretenir.

Comme Mats l’a dit au début de notre discours, le Danemark et la Suède sont des amis du Burkina Faso. C’est bien de souligner cela, parce que les amis ont la responsabilité du soutien réciproque, mais ils ont aussi la responsabilité d’encourager et même de pousser l’un et l’autre mieux à faire, à se développer pour devenir la meilleure version de soi-même.
Comme société burkinabè vous avez montré une capacité extraordinaire de vous sortir des situations de grandes crises, de prendre les choses en main et aller de l’avant ensemble. Cependant, on peut avoir un sentiment que l’évolution actuelle des évènements, y compris le fonctionnement du jeu politique et syndicale, risquent de faire dévier les résultats positifs de la transition. Il est temps de reconstituer le contrat social, pour continuer d’avancer.
Il faut aussi être capable de voir au-delà des clivages politiques pour trouver les solutions les meilleures pour le pays. Il faut avoir conscience que les inégalités socio-économiques empêchent le développement national. Dans une société tellement collective dans son caractère comme le Burkina Faso, la recherche des avantages personnels ne doit pas constituer une entrave majeure pour un développement qui pourrait donner encore plus de bénéfices pour tout le monde.
Contrairement à ce qui est souvent dit, nous ne croyons pas que le manque de ressources financières soit la plus grande entrave au développement.  La bonne gouvernance, des institutions fonctionnelles, une politique stratégique et un contrat social sont encore plus importants – pour le bonheur d’un pays ainsi que pour le bonheur de la population.
Donc - de la population la plus heureuse du monde à la population la plus bienveillante du monde, nous vous souhaitons du courage dans l’atteinte de vos objectifs de faire développer le Burkina Faso dans tous les aspects qu’il faut pour avoir vous aussi, une population qui se sente en sécurité, qui a la confiance en l’état de droits, aux institutions publiques, et à l’un et l’autre – ou il y a beaucoup plus d’égalité et de décentralisation du pouvoir et des ressources.
« Skål « pour le bien-être du Burkina Faso, pour les relations amicales, et pour le développement, et le bonheur pour nous tous.



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